L'ordre sauvage : violence, dépense et sacré dans l'art des années 1950-1960

L'ordre sauvage : violence, dépense et sacré dans l'art des années 1950-1960

L'ordre sauvage : violence, dépense et sacré dans l'art des années 1950-1960
Éditeur: Gallimard
2004408 pagesISBN 9782070770724
Format: BrochéLangue : Français

Ce livre est né d'une obscurité. De

notre impuissance à saisir l'inflation

des signes de violence dans l'art des

années 1950-1960 un peu partout

dans le monde industriel agité de

nouvelles peurs : la guerre froide,

les guerres de libération coloniale,

la guerre des sexes, le dérèglement

écologique, la machinisation, l'ennui.

Bien avant les événements révolutionnaires

de 1968, les artistes qui

ont hérité de l'enseignement corrosif

du dadaïsme et de Marcel Duchamp

reconduisent la fête à leur façon et

l'on sent vite l'excitation ambiguë de

leur carnaval fondé autant sur la vie

que sur la mort. À la fois libérés mais

inquiets de la mort de Dieu annoncée

de Sade à Nietzsche, ils jouent la

mauvaise conscience de l'Occident.

Ils veulent revenir aux origines,

réveiller les puissances, réinventer

les rituels, provoquer, détruire,

sacrifier. Leur violence en art est

néoprimitive et fatalement beaucoup

plus forte et répandue dans

les pays qui ont pris fait et cause en

faveur de l'Allemagne nazie, moins

remis encore que les autres de la

brutalité de la guerre et d'autant

plus secoués qu'ils sont entraînés

au même moment dans une modernisation

à marche forcée. C'est

poser la question de la fonction

variable de l'art dans les sociétés

contemporaines comme catharsis,

excitant, détonateur de révolution

ou soupape des pouvoirs.

Du néodadaïsme japonais à l'actionnisme

viennois et du chamanisme de

Beuys en Allemagne au Nouveau

Réalisme ou aux premiers happenings

en France : bien des signes

annoncent le changement des temps

et jusque dans l'autopunition de

l'auteur dont le statut héroïque est

radicalement remis en question.

Plusieurs années après la guerre

qui avait atrocement condamné au

dressage les corps et les esprits, la

délivrance n'est pas la même à

Ashiya, à Paris, à Vienne, à Berlin

ou à Milan. Au-delà des frontières et

des traditions, il y a pourtant des

liens troublants qui avouent la culpabilité

mais aussi la volonté intraitable

de sortir du monde tel qu'il est,

dans la violence et la transgression

d'un théâtre bloqué où la puissance

ne se retourne jamais.

Ce livre est proposé par (0) membre(s)
Ce livre est mis en favori par (0) membre(s)