La perlo dey musos et coumedies prouvensalos

Les cinq pièces du recueil de Gaspard Zerbin «La Perlo dey Musos et
Coumedies Prouvensalos» imprimées à Aix-en-Provence en 1655,
mais écrites et jouées une trentaine d'années auparavant, constituent
un ensemble particulièrement représentatif de l'écriture littéraire occitane en
Provence à l'époque baroque.
Le recueil clôt pratiquement le cycle de production de ce foyer provençal
auquel appartiennent les poètes Bellaud de la Bellaudière, Pierre Paul, Robert
Ruffi, Seguin ou Michel Tronc, et le dramaturge précurseur de Zerbin, Claude
Brueys.
Important du point de vue littéraire strict, il constitue également, du point de
vue de la langue, un document capital pour la connaissance de la langue parlée
en Provence au tout début du XVII<sup>e</sup> siècle.
Les farces qui le composent, carnavalesques encore par certains aspects,
tendent pourtant sous l'influence notamment de la Commedia dell'arte à évoluer
vers la comédie et annoncent par bien des traits les pièces légères de Molière.
Représentées dans le cadre de la Fête-Dieu aixoise, elles se caractérisent par
des intrigues embrouillées, une action endiablée, des dialogues animés et des
morceaux de bravoure particulièrement scéniques : duels, bastonnades, danses,
quiproquos, jugements et discours parodiques. La psychologie des personnages
de tous milieux, déjà élaborée, leur permet d'échapper en partie aux stéréotypes
figés. Le comique, souvent fort leste, demeure la base de la caricature et de
la satire. Les valeurs dominantes de la société sont mises à
l'envers de façon systématique, la critique des moeurs du
temps, des travers des hommes et des femmes n'est pas
toujours de pure convention.
Cette création, dont la postérité a été ruinée par les
canons du classicisme et par la place hégémonique du
français et de la création en français, est pourtant émergente
par bien des aspects.