Grand-mère Quéquette

J'ouvre un dossier rassemblé par mon père. Il souhaitait
écrire (il ne le fera pas) l'histoire d'un crime : sa
mère a lavé naguère le sang des draps où s'égoutta
l'égorgée Mona. J'essaie à mon tour. Je n'y arrive pas.
L'écriture repousse l'échéance du crime. Le livre
grossit d'être ce repoussoir. Ça prend une journée,
de laudes à complies : diversions, digressions, cauchemars
pour rire, pseudo-prémonitions, ruminations
en stagnation, péripéties moches. L'enfance, au galop.
Vues sur sites chromos. Passages d'accessoires et de
personnages : pinceaux, balayettes, poules, vaches,
cochons, vélos, 2 CV, hyènes et fromages, untels et
quidams, coquins et lascars. Même Louis Guilloux,
Rik Van Steenbergen et Louison Bobet. Plantée au
milieu : Grand-mère, totem volubile des haines et
des amours. Puis, vite fait, à vêpres , le crime : Trochon
tue Mona. Et Grand-mère est morte : fin du
jour tragique.