Lettre à la jeunesse gabonaise : pour une intensification de la résistance morale et intellectuelle à la saga despotique des Bongo

Au moment où les pays arabo-musulmans opèrent une mue grâce à
des révolutions démocratiques, l'Afrique centrale, quant à elle, s'enlise
dans des successions dynastiques. Les autocrates d'hier ne se sentent pas
menacés. Les fils d'anciens despotes, délégitimés par les populations, sont
légitimés par la communauté internationale qui refuse de voir dans ces
nouveaux régimes politiques l'expression insidieuse du «pouvoir
voyou».
Le Gabon en est un exemple flagrant. Depuis 1990, ce pays est le
théâtre de coups d'Etat électoraux. Arrivé au pouvoir grâce à une parodie
électorale, Ali Ben Bongo a mis en place la stratégie politique de
l'anaconda, qui avait déjà bien réussi à son père. Elle consiste à étouffer
les voix discordantes, à se servir des forces armées pour consolider sa
mainmise sur le pays, à verrouiller l'appareil de l'Etat ainsi que les
institutions dites républicaines, à refuser au peuple gabonais le libre choix
de ses dirigeants politiques, mécanisme de contrôle du pouvoir pourtant
nécessaire à la bonne gouvernance et au développement économique.
L'émergence reste pour l'instant un mantra creux. Comment y croire
au sein d'un Etat régi par l'arbitraire, contrôlé à tous les étages par un seul
parti politique (le PDG) et un Ali Ben Bongo issu d'une tradition politique
profondément corrompue ? Résister à un tel régime n'est pas l'affaire d'un
jour. D'une échéance électorale. De quelques manifestations ponctuelles
et sporadiques souvent réprimées. Le refus de tout ordre politique
illégitime procède d'une position morale et philosophique. Il s'agit d'un
Etat d'esprit. Il est affirmation de son être-au-monde. Jusqu'au triomphe
de l'ordre juste. Légitime. Mais ce nouvel ordre ne viendra pas de lui-même.
Il devra être arraché par la lutte. L'émergence véritable du Gabon
apparaît alors consubstantielle à la violence.