Les briseurs de tabous : intellectuels et journalistes anticonformistes au service de l'ordre dominant

Après l'effondrement de l'Empire soviétique, qui privait
l'Occident de son si commode épouvantail «communiste», des
politiciens «désinhibés» et des publicistes en vue ont libéré
dans le débat public français, au nom d'une nécessaire
«décomplexion», une parole jusqu'alors cantonnée dans les
cénacles de l'extrême droite. Sous le prétexte de briser d'imaginaires
«tabous» et d'en finir avec une prétendue «tyrannie
de la bien-pensance», ces pseudo-«iconoclastes», dopés par
les attentats du 11 septembre 2001, ont banalisé, en la parant
souvent de vertus «républicaines», une logorrhée empruntée
au vocabulaire traditionnel des xénophobes nationalistes.
Dans cet essai au lance-flammes, mais rigoureusement
documenté, Sébastien Fontenelle décortique les stupéfiants
amalgames et les incessantes tricheries au fondement de ces
discours «anticonformistes» sur l'immigration, la colonisation,
les «Arabes» et, surtout, l'islam. Il explique comment ces
falsificateurs, alors même qu'ils disposent d'un accès illimité
aux médias dominants et que leurs idées sont reprises, à
droite comme à gauche, par les plus hauts responsables politiques,
se sont fait une spécialité de se poser en «dissidents»
d'un système dont ils sont en réalité les premiers garants. En
l'espace d'une décennie, dénonçant une imaginaire «pensée
unique», ils ont en effet assuré, par un constant truquage de
la réalité, la perpétuation d'un vrai conformisme, érigeant le rejet
de l'«Autre» (pauvre, étranger, immigré, musulman) en vertu
cardinale d'un nouveau «réalisme».
Un essai salutaire pour prendre toute la mesure de la
perversion des discours qui saturent aujourd'hui l'espace
public, sapant méthodiquement, au nom de la démocratie, les
fondements mêmes de la démocratie.