Hérodote, n° 114. Aviation et géopolitique

On mesure mal les extraordinaires bouleversements géopolitiques - mondiaux et régionaux
- provoqués par l'explosion du transport aérien depuis le milieu du XX<sup>e</sup> siècle. Ce
numéro d' Hérodote aborde les deux volets, militaire et civil, de ce thème.
C'est avec la Seconde Guerre mondiale, grâce à la marine et à l'aviation, que se déploient
pour la première fois des conflits entre des forces séparées par de très grandes distances,
océans et ensembles continentaux. Mais c'est au cours des guerres néo-impérialistes
qui suivront que se multiplieront des «projections» outre-mer de la puissance militaire
des États-Unis, menées avec de très importants moyens aériens - de nombreux avions
gros porteurs permettant le transport rapide, sur des milliers de kilomètres, de dizaines
de milliers d'hommes. D'où de nouvelles formes de conflits «par contrecoup», dont
l'archétype est la guerre lancée par les États-Unis fin 2001 en Afghanistan en réponse aux
attentats aériens du 11 septembre 2001.
Instrument de la projection de puissance, l'avion est aussi un outil de la mondialisation.
La dérégulation du transport aérien a ainsi considérablement accru les rivalités entre
compagnies aériennes, qui ont dû nouer des alliances pour renforcer leur place sur un
marché particulièrement sensible aux crises économiques et aux tensions géopolitiques.
C'est également un outil de prestige : on le voit en France, où toute capitale régionale se
doit d'être desservie par avion et si possible d'avoir des lignes internationales. Mais la
faillite récente de plusieurs compagnies régionales pose la question du devenir de ces
aéroports régionaux, d'autant plus que les nouvelles lois de décentralisation prévoient
de confier leur gestion aux conseils régionaux.
Le développement du trafic aérien provoque de graves nuisances sonores autour
de grands aéroports. Il en résulte de complexes rivalités entre associations de défense de
l'environnement, hommes politiques locaux, compagnies aériennes et institutions aéroportuaires.
C'est particulièrement le cas à propos de l'extension de Roissy-Charles-de-Gaulle.