Voyage de classes : des étudiants de Seine-Saint-Denis enquêtent dans les beaux quartiers

Une demi-heure de métro sépare les quartiers parmi les plus
pauvres de France de ses zones les plus riches. Partis de Saint-Denis,
dans la banlieue nord de Paris, une centaine d'étudiants
ont enquêté sur trois quartiers bourgeois du VIII<sup>e</sup> arrondissement
de la capitale. Pour s'initier à la démarche sociologique, ils ont dû
se familiariser avec un monde nouveau et étrange, dont les indigènes
présentent des coutumes et préoccupations insolites.
Boire un café dans un palace pour observer ce qui s'y passe (et
être traité comme un client illégitime), stationner dans les boutiques
de luxe pour décrire leur organisation (et se faire mettre
dehors), apprendre à manger un mille-feuille à 14 euros avec des
«bourgeoises», approcher des institutions prestigieuses où les
femmes n'ont pas le droit de vote, se faire expliquer le Bottin mondain
et l'arrangement des mariages, interviewer dans son hôtel
particulier un grand dirigeant qui «fait partie de ces familles qui ont
des châteaux un peu partout» : ce sont quelques-unes des expériences
que ces étudiants du 93 ont vécues. En même temps qu'il
leur a fallu dompter l'exotisme pour bien comprendre le milieu
dans lequel ils pénétraient, ils ont dû encaisser l'humiliation des
multiples rappels à l'ordre social que suscitait leur démarche.
Des premières incursions anonymes et timides jusqu'aux face-à-face
sans échappatoire, ce livre raconte de manière crue et joyeuse
les batailles livrées pour mieux connaître un monde social dominant.
L'enjeu : renverser l'habitude qui veut que ce soit «ceux d'en
haut» qui inspectent l'existence de «ceux d'en bas».