Contes et légendes

Lorsque paraissent ses Contes et légendes en 1884, Louise Michel (Vroncourt-la-Côte,
Haute-Marne, 1830 ou 1833 - Marseille, 1905) est déjà une militante fort
connue. Institutrice dès 1851, elle a créé plusieurs écoles dans les années 1850 et
1860, avant de prendre une part active à la Commune de Paris. Arrêtée en mai
1871, elle est déportée en Nouvelle-Calédonie en 1873. De retour en France, elle
fait paraître, en 1880, ses Contes et légendes , qui renouent avec sa volonté d'écrire
pour les enfants comme elle l'avait déjà fait en 1872, avec Le Livre du jour de l'an.
Ses Contes et légendes s'attachent à comprendre la société passée non pas à partir
des grandes figures mais des humbles, des oubliés de l'histoire. Plusieurs de ces
contes renversent les hiérarchies sociales et se moquent de la cupidité des riches
propriétaires. La nouvelle «La famille Pouffard» reste le portrait modèle d'une
aristocratie ridicule jusqu'à la folie. Au contraire, la vieille Chéchette, Marthe ou
le père Rémy deviennent non des modèles mais des exemples de l'injustice et de
la nécessité de changer la société. Aucune morale n'est donnée dans ces Contes
et légendes , à part celle de la fin de «La vieille Chéchette», véritable hymne
à l'altruisme et à la générosité : «Ne vous moquez jamais des fous ni des vieillards.»
Dans ces récits, à la fois pédagogiques et politiques, la «bonne Louise»
dessine une autre conception de l'enseignement de l'histoire, différente de celle
que promeut l'historien Ernest Lavisse, faite de grandes figures, de héros, de faits
magnifiés au service d'un pouvoir étatique. Au rebours de cette vision officielle,
Louise Michel, par petites touches, brosse une autre conception de l'histoire,
l'histoire des humbles, l'histoire du peuple et non celle d'une élite aristocratique
ou bourgeoise.