Jours écrits en hiver : haïku qui n'en sont plus

Dans ses lettres de prison, Rosa Luxembourg écrit qu'elle perçoit la
vérité du monde dans le brin d'herbe qui pousse devant les barreaux de
sa fenêtre mieux qu'elle ne l'a fait au cours de sa vie politique. Observer
un brin d'herbe la délivre. Le haïku, c'est en même temps le brin
d'herbe, la fenêtre et le regard sur le brin d'herbe. Il remonte d'un long
tunnel alors qu'il a l'air de tomber du ciel.
Claire Fourier
Après les haïku d'été et d'automne, voici ceux d'hiver. Mais dans
Jours écrits en hiver s'agit-il encore de haïku ? Saison oblige, la métrique
hiberne. Et la femme se replie sur un ciel intérieur, creusant en solitaire
une galerie souterraine où elle s'adonne au cogito de la sensibilité dans
un «journal du mental» et, allant vers son noyau le plus intérieur,
rejoint l'Autre. Impressions, pensées, émotions clignotent. Refus
d'être triste, bonheur d'être triste. Étonnée, jamais surprise ;
désespérée, toujours espérant ; stable en son instabilité même, Claire
Fourier a pris le parti de la subjectivité et tisse au long des saisons une
toile poétique singulière, reliant dans une météorologie personnelle
instant et durée, brièveté et longueur. Jours écrits en hiver , songe du
pays endormi. On ressent l'hiver, il nous prend, nous entoure, on est
alors enveloppé dans un texte qui donne à chaque heure une couleur
du soir.