Pouvoirs de la mélancolie : chamans, poètes et souverains dans la Chine impériale

Qu Yuan (343-278 av. J.-C. ?) est le premier poète chinois dont
nous connaissons le nom, et le Li Sao («Pour chasser ma mélancolie»)
la seule oeuvre que l'on peut lui attribuer avec certitude. Secrétaire
privé du roi Huai, qui lui a donné son amitié et sa confiance, il finit
exilé à la suite des calomnies dont l'accablent d'autres hauts
fonctionnaires jaloux : il se suicidera en se jetant dans la rivière Milo.
Long poème autobiographique, le Li Sao raconte à la fois le voyage
spirituel d'un homme à la recherche d'une femme qu'il veut épouser,
la déception d'un sage en quête du souverain idéal et l'expérience
religieuse du chaman dont l'esprit quitte le corps pour errer à travers
des régions irréelles et vouer son art à des divinités susceptibles de
reconnaître son talent. Dans tous les cas, il échoue et ne connaît que
déception et tristesse. Mélancolie du poète, déchéance sociale de
l'individu : deux thèmes qui seront très prisés par les écrivains et les
hommes politiques des siècles suivants.
Pouvoir de la mélancolie ou mélancolie du pouvoir ? Dans cette
étude originale, Lisa Bresner s'attache à rendre la richesse de cette
poésie élégiaque qui nous transporte dans un monde de rêve, avec ses
personnages fabuleux et sa flore magnifique, mais aussi à réfléchir sur
les liens qu'en Chine ancienne la «bile noire» entretient avec le génie
poétique et l'art de gouverner.