Glisser une main entre les jambes du destin

« Un tas de gens s'installe confortablement dans une unité linguistique
supposée et une sclérose prématurée du caractère. On construit un
système de principes qui ne sont jamais intimement légalisés, et qui ne
sont autres qu'une abdication au mot, au concept verbal de forces, des
forces antagonistes servilement placées. Ainsi, le devoir, la morale,
l'immoralité et l'amoralité, la justice, la charité, le jour et la nuit, les
épouses, petites amies et amies, l'armée et la banque, le drapeau et l'or
états-unien ou moscovite, deviennent comme des dents ou des
cheveux, une chose acceptable et fatalement incorporée, une chose
que l'on ne vit ni analyse, car elle est ainsi, elle nous intègre, nous
complète et nous renforce »
(Julio Cortâzar)
À l'inverse, l'oeuvre de Carminé gagne sans cesse du terrain sur la
banalité des lieux communs et des définitions, elle soustrait
l'obscénité au règne incontesté de la pornographie et dessine une
voie poétique subversive, où la tendresse sans contrepartie et la
violence de l'amour total nous portent à saisir l'unité dans toute sa
pluralité.
Ce livre a le pouvoir de ne pas se réduire à la facilité d'un cap, il
préfère les errances de la pensée aux réponses zélées des employés
modèles, il démonte les pratiques qui nous accoutument à la
gymnastique de l'obéissance et le fait avec sensualité, en glissant
une main entre les jambes du destin.