Les embarras philosophiques du droit naturel

Le concept de droit naturel qui, depuis plus de vingt cinq
siècles, hante la pensée occidentale, est un concept tourmenté,
lourd d'une problématicité endogène. Philosophes et juristes lui ont
assigné des lieux d'ancrage différenciés, déclarant au fil des siècles
qu'il appartient à l'ordre cosmique des choses, qu'il est voulu par
la loi de Dieu ou qu'il est inscrit dans la raison de l'homme. Sur cet
itinéraire philosophiquement complexe où, malgré son prestige,
l'idée du droit naturel demeure entourée d'indécision et de flou, de
multiples controverses ont surgi qui attestent les embarras de la
doctrine devant une notion dont il est malaisé, au milieu des
conflits d'analyse et d'interprétation, de fixer le statut. Le problème
est d'autant plus ardu que la réflexion est inévitablement
conduite au "cap des tempêtes" où, parmi de redoutables difficultés
d'ordre axiomatique, catégorial et conceptuel, s'affrontent, en
un combat toujours recommencé, les systèmes du droit positif et
l'idée du droit naturel. Au fil de difficiles joutes doctrinales, il
apparaît que le droit naturel, si souvent décrété de mort, a sans
cesse connu une résurrection qui, jusque dans notre monde contemporain,
s'est toujours accompagnée d'une révision, plus ou moins
pertinente il est vrai, de son concept.
Il importe donc que le philosophe explore les chemins diversifiés
qu'a empruntés cette notion probablement insondable mais
vénérable. Par la rationalité axiologique qui lui est fonctionnellement
immanente, fût-ce d'une manière conflictuelle dont il est
urgent de dissiper les équivoques et les malentendus, l'idée de droit
naturel, au mileu des embarras philosophiques qui en troublent la
connotation et risquent d'en occulter la portée, se profile comme
l'exigence transcendantale qui permet de donner sens et valeur aux
ordres juridiques positifs construits par les hommes pour la gouverne
de leurs sociétés.