Critique sociale : fragments et notes

Critique sociale : fragments et notes

Critique sociale : fragments et notes
Éditeur: Ed. Dittmar
2012234 pagesISBN 9782916294339
Format: BrochéLangue : Français

Outrecuidance des théoriciens qui traitent du haut en bas les révolutionnaires,

sous prétexte qu'ils ne possèdent pas une formule de reconstruction pour remplacer

ce qui tombe.

Pourquoi les révolutionnaires n'adopteraient-ils pas une formule, tout aussi bien

que ces organiciens si superbes ? Ils n'ont qu'à choisir entre les panacées qu'on

leur offre, entre les édifices élevés par tant d'architectes. Seraient-ils donc

ignorants, au point de ne pas connaître les palais imaginés par tous ces amateurs

de bâtisse ? C'est en vérité ce que semblent croire les fondateurs de mondes

nouveaux. Dès que vous n'adoptez pas une école, c'est que toutes vous sont étrangères.

Votre ignorance seule peut vous retenir indifférent entre tant de prisons-modèles

où les poursuivants organiques prétendent claquemurer l'avenir.

Fouriérisme, Saint-Simonisme, communisme, positivisme, c'est à qui s'est

empressé d'édifier de bagnes tout neufs, où l'humanité jouira du bonheur de la

chaîne perfectionnée.

Tous vous demandent une formule, une administration, un système, une réglementation,

les anarchistes, les anti-gouvernementaux, aussi bien que le reste. Les

uns réclament un ordre nouveau centraliste, les autres le veulent décentraliser,

mais tous s'accordent à réclamer la réglementation.

Singulière monomanie ! Les révolutionnaires n'ont point prétention de construire

de toutes pièces un monde neuf d'après leurs seules lumières. Ils voient fort bien

par où pèche l'ordre ancien. Ils ont instruit le procès du coupable qui barre la route

à l'humanité. Ils l'ont jugé, condamné, ils l'exécutent.

Au premier banc des accusés s'étale le christianisme, ou plutôt le monothéisme.

C'est l'empoisonneur par excellence, l'ingrédient mortifère qu'il faut expulser du

corps social. Dit et vu, sentence sans appel. Le théisme sous ses trois formes,

judaïsme, christianisme, islamisme, doit être mis à néant. Là est la boussole, le

point fixe du compas.

Vient ensuite le capital, question infiniment plus complexe et plus difficile. En

principe, d'après les lois de la morale, c'est aussi une question jugée. En

pratique, c'est un abîme inconnu, où l'on ne peut marcher que la sonde à la main.

Est-il possible de bâtir d'ores et déjà un édifice d'où le capital soit proscrit ?

Avons-nous le plan, les matériaux, tous les éléments de cette maison précieuse ?

Les sectaires disent oui, les révolutionnaires disent non, et il n'y a de vrais socialistes

que les révolutionnaires, car ils sauvegardent bien mieux l'avenir qui

appartient au socialisme.

Dans cette voie, ils se rapprochent des économistes qui demandent au gouvernement

le simple maintien de l'ordre, rien de plus, nulle intervention constituante.

Seulement, les économistes invoquent cette action gouvernementale en faveur de

l'organisme existant, et les socialistes l'invoquent contre, parce que l'organisme

actuel est reconnu mauvais, qu'il est condamné par la justice, par le sentiment, par

toutes les protestations de la conscience humaine.

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