Culture et action publique en Allemagne : l'impact de l'unification (1990-1998)

L'unification allemande s'est caractérisée par une très grande continuité
institutionnelle, politique et juridique. Pour l'essentiel, les structures qui régissaient la
vie politique, sociale et économique de la RFA ont été transposées dans les nouveaux
Länder , qui ont adopté l'ensemble de ce dispositif juridique par le biais du processus
d'adhésion. L'exception à cette démarche globale est la culture.
L'unification a entraîné un bouleversement des pratiques culturelles sur tout le
territoire de l'ex-RDA. L'infrastructure est-allemande a été profondément
transformée, de nombreuses institutions culturelles étant devenues incapables de
survivre et de se financer elles-mêmes, après l'effondrement du régime du SED.
La Fédération a pris les mesures nécessaires pour éviter que l'union politique ne se
traduise, sur le plan culturel, par une «amputation de la substance culturelle est-allemande»
(article 35). Cette action a entraîné une redéfinition des principes sur
lesquels se fondait l'action culturelle publique en Allemagne. Par ailleurs,
l'unification a rendu nécessaire une décentralisation des modes d'administration
culturelle dans les nouveaux Länder. À cet égard, l'union des deux États allemands
constitue un cas d'école pour les politologues, tant leurs systèmes étaient opposés
dans le domaine de la politique culturelle.
Les conséquences de ces bouleversements sont nombreuses : le débat culturel
allemand s'est politisé et s'est déplacé - au moins en partie - des instances régionales
aux instances fédérales, en sorte que l'unification a coïncidé avec l'invention de la
première véritable politique culturelle allemande conduite au niveau national. Ceci
s'est traduit par un ensemble de réflexions théoriques, mais aussi par des mesures
concrètes, des programmes d'action.
Le présent ouvrage analyse toutes ces transformations à partir de l'exemple de la ville
de Leipzig entre 1990 et 1998, c'est-à-dire entre la mise en oeuvre de l'unification et
la décision, par le gouvernement de Gerhard Schröder, de créer un «ministère d'État
aux affaires culturelles».