Dans la nuit de Bicêtre

Taciturne, secret, toujours obscur (l'histoire
officielle ne s'étant pas privée de
t'effacer simplement des étagères glorieuses
allant jusqu'à écorcher souvent l'orthographe
de ton nom), j'ai guetté la trace en
apparence la plus insignifiante de ta vie.
Le détail le plus fugace devenait pour moi
lueur dans les ténèbres de ton existence.
Tu as connu la maladie, les humeurs
froides comme on disait alors en parlant
de la tuberculose qui a mis ta vie en péril ;
j'ai séjourné plusieurs années en sanatorium
où j'ai failli mourir. Tu es devenu
soignant ; je suis devenue médecin.
Là s'arrête ce qui nous unit, mais plus
tard, en avançant vers toi, je découvrirai
autre chose qui me fera ne plus vouloir te
quitter : par esprit de survie, par nécessité,
par intelligence, par compassion innée, tu
as su prendre des chemins difficiles, de
ceux que presque personne jusque-là en
France n'avait osé fréquenter.
M. D.