Nietzsche et le bouddhisme

Au début du XIX<sup>e</sup> siècle, l'Europe découvrit le bouddhisme, et
bientôt les textes bouddhistes parurent mériter l'attention des philosophes,
lesquels écrivirent et épiloguèrent sur le chemin bouddhique
et son but ultime : le nirvâna. Mais comme ils échouèrent à
s'en faire une idée positive - car le nirvâna suppose l'expérience sui
generis de la vie allégée de toute souffrance -, ils l'interprétèrent
comme néant. Le bouddhisme était un nihilisme. Ainsi le voient
Hegel, Cousin, Renan, Schopenhauer, Gobineau, et Nietzsche avec
eux. Mais tandis que les uns (les chrétiens) s'offusquent d'une sagesse
d'anéantissement, que d'autres, tel Schopenhauer, y voient avec
faveur la confirmation de leur pessimisme, Nietzsche lui oppose une
sagesse néo-païenne, dite «tragique». Si «tout est souffrance»,
comme le veut Bouddha, nier la souffrance, c'est nier la vie : la sagesse
tragique implique la «volonté de souffrir», non, certes, que
souffrir soit bon en soi, mais, parce que, sans la souffrance, rien de
grand ne se fait.