Puissance du droit et droit des puissants : les traités européens et eurafricains sous la loupe

Puissance du droit et droit des puissants
Le droit sert aussi bien à régir les relations entre individus que celles entre États. Dans les rapports entre l'Europe et l'Afrique, il se révèle instrument, complexe et mobile, des politiques poursuivies et reflet de leurs fins : du traité de Berlin de 1885 aux plus récents accords entre l'Union européenne et les États d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, en passant par le traité de Rome de 1957, ces relations oscillent entre la volonté de dépassement du passé colonial et la réactivation des doctrines antérieures.
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l'Afrique est à la fois variable d'ajustement de l'unité européenne et premier objet de politique extérieure de la future « Union européenne ». La Déclaration Schuman (9 mai 1950) reprend la philosophie de l'unité entre l'Europe et l'Afrique, l'Eurafrique. Pendant européen de la doctrine Monroe pour les Amériques, cette philosophie irrigue toutes les normes juridiques entre les deux continents. Par le moyen du droit, les ambitions, valeurs et identité européennes sont projetés sur l'Afrique qui devient le laboratoire d'expérimentation et d'exportation des normes qu'ambitionne l'Europe en matière de relations internationales. Et cela perdure, y compris dans les accords les plus récents entre les deux continents.
En examinant, pas à pas et à la loupe, l'idéologie sous-jacente des relations entre l'Union européenne et l'Afrique, le livre d'Adam Abdou-Hassan contribue puissamment à leur compréhension.