Fernando Pessoa : devenir et dissémination

En raison de la présence des images de mal de vivre, de souffrance
et d'échec inscrites dans l'oeuvre de Fernando Pessoa, celle-ci
est souvent envisagée comme une interminable litanie, comme le
drame de celui qui ne savait pas être. Cette démarche suppose que
l'oeuvre pessoenne est une véritable confession alors que le texte
offre bien des résistances à ce genre d'interprétation. Lorsque
l'auteur affirme «en art, je ne sais que mentir», il se présente
comme un comédien et livre la clef de son art poétique qui se situe
dans la simulation et la dépersonnalisation.
Pessoa met en place, à travers son expérimentation des sensations,
un dispositif de dissémination. Loin de la subir, il recherche
cette dissolution à travers son oeuvre ; il l'expérimente, la convoque
et la provoque. Il maîtrise la faculté de se démultiplier, de devenir
autres. Il vit et jouit de la métamorphose perpétuelle des sensations
et de leur mouvement incessant : «Je suis une plaque photographique
d'une prolixe impressionnabilité. Tous les détails se gravent
en moi, de façon démesurée par rapport au tout».
Dans cet essai, l'auteur explore la philosophie de Gilles Deleuze
pour révéler un Pessoa inédit et place sous une lumière nouvelle
l'oeuvre d'un écrivain majeur du XX<sup>e</sup> siècle.