Le cinéma est-il devenu muet ?

Car une porte grince, et le tonnerre gronde. Mais si la porte
baillait paresseusement ? Et si le tonnerre grinçait ? A trop
vouloir imiter le réel, le cinéma a perdu ses oreilles. Et le son,
comme un bégaiement, n'apporte rien de plus qu'un écho
fade aux bruits évoqués par l'image.
« Qu'est-ce qu'une grande bande sonore ?», questionne
l'ingénieur du son Maurice Blackburn. « Je risque cette réponse :
celle qui contient une révélation. Celle qui révèle au spectateur
quelque chose qui se cache dans l'image, et parfois même quelque
chose qui ne se trouve pas dans l'image ». Tout le défi est là. Le
cinéma doit libérer l'image de son évidence sonore, et donner
au film une véritable voix.
«- Vous avez entendu ce bruit ?
- Quel bruit ?
- Le bruit d'une none qui court dans la forêt. »