La fausse

C'est dans un cimetière que tout a commencé, dans
l'ennui de ce cimetière où je suis chargé de veiller à
la propreté, que des images ont fini par me hanter.
Certains peut-être vous diront qu'il s'agissait là de
purs mensonges, et que les images que j'ai vues sont
le fruit d'une imagination sordide. Je ne suis pas quelqu'un
de sombre. D'ailleurs, dès que les beaux jours
arrivent, j'aime enfiler mon costume à fines rayures
et me promener, la fleur aux dents, dans cette ville où
tout le monde me connaît. Je ne raconte pas d'histoires,
croyez-le. Bien qu'on m'ait dit de n'en souffler
mot à personne, je vous le raconte à vous, comme je
l'ai raconté à ma femme : on enterre des enfants en
secret. Bien sûr, elle aussi a d'abord trouvé cela
étrange : «Pourquoi enterrer des enfants en secret ?
- À cause du tueur, voyons. Il ne faut pas effrayer les
gens, pas durant l'enquête.» Et puis, peu à peu, j'ai
senti que ces histoires faisaient renaître entre nous
un amour plus vivace. Elle commençait à redouter le
jour où le tueur se ferait prendre, ce jour où je redeviendrais,
inexorablement, Falsus, petit employé commis
à l'entretien du cimetière.