Génération dakou : écouter, recycler, expérimenter

«Je m'assieds sur les toilettes à l'écoute de l'eau qui remplit le réservoir
: elle s'écoule, s'agite, puis pénètre dans une autre petite vanne
étroite, quelques gouttes fuient au cours du trajet. En même temps,
l'eau s'évacue de la cuvette, tourbillonne, gronde, se recompose
tranquillement, tandis qu'elle fait disparaître au loin, dans ses voies
sinueuses, la réalité d'un monde. J'aimerais réfléchir encore une
fois à ce problème : puisque les sons du monde sont naturellement
parfaits, pourquoi doit-on encore faire de la musique ? Le bruit de
la chasse d'eau : on entend par apparitions successives une fragilité
triste, un long son discret, un événement imprévu empreint d'humour,
comme un dialogue avec un dernier écho : un son d'adieu,
réponse plus claire que n'importe quelle allusion littéraire. Alors
qu'on saisit en dedans une trame sonore, elle entre dans un état de
repos et plus nombreux sont les sons qui apparaissent, plus subtils,
plus vastes ; ce calme semble un puits sans fond : plus on descend,
plus la lumière est grande.»