Le testament de Marie

Mon fils s'était laissé capturer. Au cours des heures que j'ai passées dans cette
maison avec ses disciples, j'ai bien vu que, pour eux, c'était dans l'ordre des choses.
Son arrestation faisait partie des étapes nécessaires de la grande délivrance qui
surviendrait dans le monde. J'ai failli leur demander si cette délivrance signifiait
qu'il ne serait pas crucifié, mais libéré au contraire. Je me suis ravisée. Tous ces
gens ne parlaient que par énigmes, et j'ai compris qu'aucune de mes questions
ne recevrait de réponse claire. J'étais revenue dans le monde des idiots, des bègues,
des contorsionnés et des malcontents.
Ils sont deux à la surveiller, à l'interroger pour lui faire dire ce qu'elle
n'a pas vu. Ils dressent de son fils un portrait dans lequel elle ne le
reconnaît pas, et veulent bâtir autour de sa crucifixion une légende
qu'elle refuse. Seule, elle tente de s'opposer au mythe que les anciens
compagnons de son fils sont en train de forger.
Auteur irlandais reconnu dans le monde entier, trois fois dans la dernière
sélection du Booker Prize, Colm Tóibín nous surprend par la puissance
évocatrice de sa langue et par l'intensité des émotions qu'il suscite.
Aux Éditions Robert Laffont, ont déjà été publiés La Couleur des ombres
(2014), Brooklyn (2011), L'Épaisseur des âmes (2008) et Le Maître (2005).