Antigone, la sphinx d'Henri Bauchau

Henry Bauchau commence son parcours d'écrivain à la suite d'une cure
analytique chez Blanche Reverchon Jouve. L'écriture devient ainsi le
terrain où se joue un combat dont l'objet est le questionnement et le
dévoilement des noeuds problématiques du sujet : un moi «divisé»,
à la recherche des modalités d'acceptation d'un féminin intérieur vécu
très tôt comme une énigme et une «faute originaire».
L'analyse cherche à nouer le fil qui unit l'image d'une «petite fille»,
présence récurrente dans l'oeuvre, et le personnage d'Antigone, comme
forme d'un féminin possible. Car sublimé. Il le fait en étudiant par
ailleurs les figures de Mérence et de Shenandoah dans les fictions
antérieures au cycle thébain.
Les enjeux créatifs et stylistiques que Bauchau utilise et expérimente
aux plans poétique, narratologique ou énonciatif, sont reconstitués
pour retrouver la «parole» d'une histoire humaine et littéraire aux
prises avec ce type de fragmentation identitaire et de relation difficile
avec la présence intime du féminin. Une attention particulière est
portée à la mise à jour des systèmes pluriels de représentation et des
formes de «dire détourné» que l'écrivain réalise en mettant en place
un réseau de symboles capable d'organiser la matière énigmatique et
labyrinthique des significations traversant toute son oeuvre.
L'étude de l'iconographie, qui enlumine le manuscrit de la première
version complète d' Antigone , permet d'ouvrir de nouvelles perspectives
sur le dessein de l'auteur à l'égard de son oeuvre.