Prague aux doigts de feu

Nulle part Anne Cuneo n'avait encore
trouvé ce ton qui tient en même temps du
reportage et de la confidence pathétique
- ce qui ne veut pas dire larmoyante, car sa
narratrice, Paola, introduit une distanciation
aussi efficace entre elle qui raconte et la
passion vécue d'Ernest Hemingway.
J'ignore si cette référence (toute flatteuse
qu'elle soit) plaira à Anne Cuneo. Les
écrivains sous les auspices de qui elle
inscrit l'aventure de ses personnages
appartiennent à la famille surréaliste, tel
Nezval, ou au mouvement beat. [...] Elle
accumule les difficultés, non par malice,
mais parce que tout romancier, au fur et à
mesure que son travail progresse, doit
choisir une manière de résoudre les
problèmes posés par l'avance de la narration
et la croissance des personnages ; il peut
recourir à des «trucs», et tricher, ou,
comme les meilleurs et parmi eux Anne
Cuneo, affronter la difficulté (technique ou
formelle) jusqu'à ce que la solution, la seule
qui puisse convenir à l'oeuvre, soit enfin
trouvée.
Roger-Louis Junod
Coopération