A quoi tient le design

«À quoi tient le design», cette phrase est dite
d'abord pour affirmer que le design fut une attitude
historiquement décidée à l'articulation des XIXe et XXe
siècles au sein même de la société industrielle. Mais
celles et ceux qui aujourd'hui entreprennent d'inscrire
quelque chose de leur personne et de leur existence au
nom du design tiennent-ils toujours à cette attitude ?
Leur paraît-elle seulement plausible ? Ce qui procéda
certes d'un élan et d'une conviction, mais sut aussi
marquer l'époque de quelques faits décisifs (accrochés
à la mémoire en tout cas, comme le Bauhaus) est peut-être
en train de perdre quelques traits essentiels de son
caractère. Peut-être sommes-nous à un tournant, mais
peut-être seulement. Faut-il se presser de conclure sur
ce point ? Rien n'est moins sûr. En étudiant, par divers
biais et de diverses manières les engagements du design
historique, ce livre doute qu'une autre époque nous
concerne substantiellement. «À quoi tient le design»
n'est donc pas exactement - ou pas seulement - une
affaire d'histoire. Même sans savoir précisément en quoi,
attendant sans doute une philosophie à la fois précise et
inquiète quant à ce qui se joue, nous tenons encore à ce à
quoi le design a tenu, nous sommes toujours concernés
par ses conditions de possibilité. Aux poussées techniques
industrielles qui motivèrent autrefois le design se sont
substituées des poussées techniques qui n'ont pas la
même nature matérielle. Mais ce sont toujours des
poussées techniques, et prises comme avant dans une
économie. Si le design tient, c'est, ce sera pour qu'elles
ne soient pas seulement ainsi prises, mais pour qu'elles
parviennent à un mieux naguère appelé «forme», - et
qu'ainsi parvenues, elles prennent davantage d'allure.